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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 14:56

La grandeur de Jésus. Quel homme entrant dans une vision suffisamment pénétrante de cette extraordinaire existence ne serait porté à un sentiment d'admiration, de vénération, tout proche de ce que l'on éprouve devant la sainteté ? Qui ne serait, presque d'emblée, transformé et comme enfanté par une nouvelle naissance à une nouvelle vie par une telle communication, véritable seuil de la communion à la grandeur ? La sainteté et la grandeur de Dieu.

 

Par une telle lecture, une telle compréhension désacralisée des textes, sans théophanie, mais où Dieu et Jésus sont plus réellement agissants l'un et l'autre, plus réellement présents l'un à l'autre, l'homme est interpellé exactement au niveau que permet et appelle son état intime.

 

Quand on y est assez préparé, on découvre alors à un degré inégalé la simplicité, la droiture, la pureté et encore la vigueur, la grandeur, la noblesse vécues de façon quasi absolue. On en reçoit intimement l'empreinte. Leur rayonnement est tel, il est si bien adapté à ce qu'on est, qu'il simplifie, rend droit et purifie, donne force, grandit et ennoblit. Il pousse à s'approcher de ce que l'on est.

 

Qui ne serait porté à l'action de grâce pour cette vision donnée à l'homme par l'homme et où l'on entrevoit son propre accomplissement dans l'approche même de ce que Dieu est ?

 

A mesure qu'on entre dans l'intelligence de ce que Jésus a vécu et qu'on y correspond soi-même dans sa propre vie, on entrevoit en lui l'annonce de toutes les exigences intimes que les hommes ont progressivement découvertes en eux et l'amorce de tout ce qu'ils ont désiré de meilleur d'eux-mêmes au cours des siècles.

 

La vie humaine de Jésus, si brève pourtant, est comme le signe de la grandeur en puissance dans chaque homme. Elle est le sacrement qui donne lumière et force pour y tendre. Dans sa singularité exceptionnelle, cette vie relève de l'universel, bien que Jésus, homme d'un temps et d'un lieu, mort jeune, soumis aux préoccupations et aux perspectives de son temps, ne s'en soit pas complètement dégagé.

 

En lui, on entrevoit, indissolublement liées, une stabilité personnelle, une conscience de sa mission, une communion et comme une familiarité avec Dieu plus qu'humaines, tellement elles se révèlent exceptionnelles dans le peu qu'on est capable d'en saisir. Elles ne peuvent provenir que d'une conscience de soi et d'une proximité de Dieu sans comparaison avec ce que permettent les activités communes qui restent à l'initiative de chacun.

 

Inséparablement, l'intelligence croissante de ce que Jésus fut dans son humanité et de ce que l'on peut devenir pas à pas à sa suite grâce à ce qu'il devient pour soit est un cheminement vers Dieu. Cette intelligence et cette progression conduisent à se hisser comme hors du temps, à se rendre Dieu présent comme si l'invisible devenait visible et que l'inconcevable pointait à l'horizon de l'esprit.

 

Vivre ainsi de Jésus comme de la présence de celui qui est aimé, dont la pensée accompagne toujours et qui est l'unique recours au cœur de la solitude personnelle.

 

Vivre de son souvenir, sous-jacent à tous les instants, jaillissant en toute occasion, sans cesse en gestation de quelque vue neuve sur ce qui s'est réellement passé de son temps, grâce à une intelligence plus profonde et plus ouverte, plus vive à certaines heures, de certains passages de l'évangile, intelligence aidée indirectement par une compréhension plus poussée et plus réaliste de leur élaboration, si fervente et si complexe, de leur transmission dans l'extrême improbabilité, dans l'extrême précarité, élaboration et transmission réussies envers et contre tout.

 

Vivre de sa présence qui, à l'heure voulue, inspire à chacun la manière particulière de se comporter, celle qu'on doit inventer pour soi-même, afin non seulement de bien correspondre aux événements et aux situations, mais aussi, dans une certaine mesure, de les susciter indirectement en s'y préparant obscurément par la fidélité. N'est-ce pas la prière en acte, née de l'être et l'engendrant, provoquant le chemin et donnant la force de le suivre ? S'inspirer de ce que, au loin et globalement, on entrevoit de la vie intime de Jésus, pour orienter, coordonner et unifier en le transposant, dans la mesure où cela relève de l'initiative personnelle, ce qui s'amorce en soi et émerge de soi.

 

Atteindre ainsi le sens de sa vie, unique et nécessaire, se percevoir au niveau de l'existence, se découvrir dans la durée et la consistance, dans l'approche existentielle de l'être qu'on devient.

 

Atteindre en Jésus une réalité essentielle qui n'est pas tout autre que ce qu'on est soi-même parce que cette réalité aide à la prise de conscience des exigences radicales qui s'imposent intimement et qu'elle permet d'y correspondre, et pourtant réalité tout autre encore par sa plénitude inaccessible montrant combien elle n'est pas du même ordre.

 

Approcher Dieu en Jésus, sans faire de l'homme qu'il fût un Dieu, mais en le pressentant tellement de Dieu qu'il en est, de son vivant, comme l'image humaine historique, accessible et visible, et qu'il peut être aussi en toute vérité l'objet de l'adoration sans qu'on cède en rien à l'idolâtrie, d'une adoration qui, partant de lui et à travers lui, s'élève vers l'éternel, le radicalement autre, l'inconcevable.

 

Grâce à la présence de Jésus agissant par elle-même et à son souvenir en continuel développement, dépasser les conceptions extrinsèques de la divinité auxquelles on est porté ataviquement par les millénaires ancestraux, seules conceptions d'ailleurs qu'on peut atteindre au début d'une vie spirituelle.

 

Ne pas retomber dans les imaginations puériles anciennes, cérébrales ou piétistes, charnellement entrées au cœur de l'homme, complices de ses peurs, de sa recherche éperdue de sécurité et de certitudes. Ne pas s'abaisser à l'athéisme vulgaire que permettent la médiocrité humaine, l'impuissance et la fascination des sens. Ne pas céder à l'athéisme raisonné qu'imposent la considération exclusive des phénomènes, l'inadaptation des moyens de représentation, l'inadéquation de la raison. Approche de Dieu à la suite de Jésus, comme Jésus de son vivant, prenant conscience de lui-même, a atteint Dieu et a été en Dieu et de Dieu.

fin

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Published by Marcel Légaut - dans Jésus par Marcel Légaut
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