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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 15:17

Entre basse et haute chronologie des évangiles (II)

Parmi les documents dont Luc dit avoir eu connaissance, y avait-il également Marc ?

Les Actes des apôtres (12, 12) nous parlent d’un Jean (Iohanân) fils de Marie (Miriâm) qui est surnommé Marc (Marcos). Comme son nom l’indique, il s’agit d’un Juif puisque Jean est un nom sémite, qui s’est hellénisé car Marc est un nom romain. L’évangile de Marc est écrit en grec, même si c’est un grec rustique. Ce Marc est important puisque c’est chez lui, à Jérusalem, que se réunit la communauté chrétienne alors que la persécution fait rage (nous sommes en 43 ou 44, avant la Pâques; Jacques, le fils de Zébédée, vient d’être décapité ; Pierre a été mis en prison mais il vient de s’échapper). La tradition chrétienne précise qu’il est originaire de la Cyrénaïque (actuelle Libye) où une importante communauté juive hellénisée existe (Simon qui aida Jésus à porter le patibulum de son supplice vient également de là). Puis Marc accompagne Paul, Barnabé et Pierre à la mission jusqu'à Rome.


Il est présenté comme ayant été, à Rome, l’interprète de Pierre. Il en reçut l’enseignement et rédigea un évangile " Le second (Evangile) est celui de Marc qui l'a fait comme Pierre le lui avait indiqué " (Origène, cité par Eusèbe dans Histoire Ecclésiastique VI, 25). Autre traduction "qui l'a composé d'après les instructions de Pierre", pour ceux qui lisent le grec : hôs Petros huphêgêsato autôi.


Marc a-t-il commencé à écrire du vivant de Pierre ou bien a-t-il publié son évangile après la mort de ce dernier ? Selon Papias, c’est du vivant même de Pierre que Marc recueillit ses paroles "sans ordre" :
" Marc, qui était l'interprète, (ermêneutês en grec), de Pierre, écrivit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, toutes les actions dont il se souvenait. Car il n'avait ni entendu, ni accompagné le Seigneur. Mais plus tard, comme j'ai dit, il accompagna Pierre qui donnait son enseignement selon les besoins, sans faire une synthèse des discours du Seigneur . Ainsi donc, Marc ne se trompait pas en écrivant ce dont il se souvenait. D'ailleurs il n'avait qu'un dessein : ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, ne pas induire en erreur en ce qu'il rapportait. " (Papias dans son " Explication des discours du Seigneur ", cité par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiastique III39,14-16 et II 15, 1-2)


Même son de cloche avec Clément d’Alexandrie " Celui (Evangile) selon Marc fut écrit dans les circonstances suivantes : Pierre ayant prêché la doctrine publiquement à Rome et ayant exposé l'Evangile par l'Esprit, ses auditeurs qui étaient nombreux, exhortent Marc, en tant qu'il l'avait accompagné depuis longtemps et qu'il se souvenait de ses paroles, à transcrire ce qu'il avait dit : il le fit et transcrit l'Evangile pour ceux qui le lui avaient demandé : ce que Pierre ayant appris, il ne fit rien par ses conseils, pour l'en empêcher ou pour l'y pousser " (citation de Clément d'Alexandrie par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiastique, 6, 14, 6-7).


" Après la mort de ces derniers (Paul et Pierre), Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmet lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre " (Irénée Contre les Hérésies, 3, 1, 1) – à noter que là aussi Irénée amalgame les deux destins de Paul et de Pierre.
Dans son Contre Marcion, Tertullien évoque également Marc comme étant "interpres Petri" (Adversus Marcionem, 4, 5). Marc aurait donc écrit "les mémoires de Pierre".


Que Marc soit l’auteur de son évangile est non seulement attesté par la tradition chrétienne (importante à nos yeux, même si elle ne constitue pas une certitude absolue), mais aussi par le fait que cet évangile (de même que celui de Luc) ne soit pas attribué à un apôtre. En effet la tendance était alors à la pseudo épigraphie, l’auteur réel préférant se couvrir d’un nom prestigieux afin de mieux faire circuler son texte!


Mais à quelle date Marc finalisa-t-il son texte qui nous apparaît manifestement avoir été mis en ordre ! Avant ou après la mort de Pierre ? Lui-même n’évoque pas la mort de Pierre (il faudra attendre l’évangile de Jean pour en avoir écho), donc il a pu livrer son évangile avant les persécutions qui ont suivi l’incendie de Rome en juillet 64, où les chrétiens furent désignés comme boucs émissaires à la vindicte populaire par Néron et où Pierre fut peut-être / sans doute martyrisé. Quand Pierre est-il arrivé à Rome ? S’il est accompagné par Marc, c’est après 43/44 car Marc est alors à Jérusalem et Pierre à Antioche.


Marc aurait-il livré une première version déjà dans les années 50 ? Un papyrus de l'évangile selon Marc fut trouvé en 1955 dans la grotte 7 de Qumrân, publié sans identification en 1962 et identifié par le papyrologue espagnol José O'Callaghan en 1972 (7Q5 = Marc 6, 52-53). Or, au regard des paléographes, il est daté vers 50 ap. J.-C. au plus tard ! Il viendrait alors assurément avant la rédaction de Luc laquelle est postérieure à l’arrivée de Paul à Rome (en 61).


On peut lire sur ce sujet : Qumrân et les Evangiles, par Carsten Peter Thiede ; Martine Huguet, édité par F.-X. de Guibert, 1994 (livre dans lequel les photos du Q5 sont reproduite). A noter que l’Allemand Carsten Peter Thiede est partisan d'une datation précoce des évangiles et pas seulement de Marc. Dans son livre célèbre Témoin De Jésus - Le Papyrus D'oxford et l'origine des évangiles, il date Matthieu du tout début des années 60.


S’il faut attendre la mort de Pierre (mais pour quelle raison puisqu’il s’agit de catéchuménat ?), c’est alors après 64 (si Pierre est mort lors des persécutions déclenchées par Néron) ou plus tard.


La tradition synoptique met Matthieu en premier, mais c’est alors en souvenir du Matthieu araméen et non de l’actuelle version grecque que nous connaissons, puis vient Marc, enfin Luc. Pour l’instant rien ne vient déroger cet ordre sinon les linguistes qui multiplient les proto évangiles (mais dont on a pas retrouvé trace !) et les emprunts en tous sens, de filiation ou de réciprocité – de quoi donner le torticolis ! Je fais ici allusion, entres autres aux schémas proposés par les tenants de la source "Quelle" et en particulier à celui proposé par P. Benoît et M.–E. Boismard.

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