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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 19:11

par Michel Théron.

Conclusion du chapitre intitulé  Fils de l'Homme du tome 2 de sa Théologie buissonnière, à paraître prochainement aux éditions Golias. Nous remercions l'auteur pour la pré-publication de ces "Bonnes feuilles". Après avoir évoqué le Fils de l'homme dans la Genèse, le Livre de Daniel, les Paraboles d'Hénoch, les Evangiles et l'Apocalypse, l'auteur termine dans cette conclusion par la version gnostique de cette expression. Jésus l'a fait sienne, mais c'est en quelque sorte comme précurseur et comme modèle initiateur pour nous tous. A nous, à notre tour, de devenir nous aussi Fils de l'homme ! 

Fils de l’homme, l’homme est donc fils de lui-même. Qu’est-ce à dire, sinon qu’il doit s’accoucher à lui-même, réaliser pleinement les possibilités les plus profondes de sa nature ? L’homme passe infiniment l’homme. Il n’est pas (essentiellement) ce qu’il est (accidentellement). L’homme doit devenir Homme. Il y a dans cette formulation une antanaclase fondatrice : c’est en rhétorique la répétition d’un même mot ou d’une même expression avec affectation d’un sens différent à chaque occurrence. Elle reflète le fond de la pensée gnostique, qui oppose toujours en l’homme son apparence (phainomenon)
, et son essence (ousia). Ou pour reprendre les termes de l’EvTh, qui lit à sa façon Gn 1/26 (l’homme créé " à la ressemblance et à l’image de Dieu "), la ressemblance au modèle : logion 84. – v. : Image*.

Tout le monde sent bien que des formules comme : "Une femme est une femme", "Paris sera toujours Paris", "Rome n’est plus dans Rome", ne sont pas des tautologies, mais des confrontations de plans. Pareillement pour une formule comme : "Ma vie n’est pas une vie", qui oppose la vie réelle à la vie essentielle, celle qui existe en tant qu’archétype dans l’esprit, et s’atteste dans le langage quand je prononce le mot vie. – v. : Vie*.


Si je dis à quelqu’un : "Tu n’es pas un homme", j’ai bien en moi l’idée de ce qu’un homme doit être, à quoi je confronte l’être que je vois. L’idée est bien plus forte que si je caractérisais par la qualification : "méchant homme", etc. "Je cherche un homme", disait aussi Diogène le Cynique en se promenant dans Athènes en plein jour, une lanterne allumée dans la main. Ne pensez pas qu’il eût des mœurs spéciales ! Il cherchait seulement quelqu’un qui fût digne de ce nom. En chaque homme, il cherchait l’Homme.


Bien sûr il doutait de le trouver. Mais on n’est pas obligé de partager ce pessimisme. Malgré la chute ontologique, la dégradation de l’essence dans l’accident, cette dernière continue d’y miroiter (antanaklasis en grec veut dire : reflet, éclat, écho). On sait aussi que l’antanaclase est l’archétype stylistique majeur de tout l’évangile selon Thomas. Réunir au second homme, imparfait, le premier ou le primordial, celui qu’il a été, qu’il peut être à certains moments et qu’il doit redevenir, est la tâche essentielle. Pour reprendre un mot de Nietzsche, il faut devenir ce qu’on est. Au fils de l’homme, faire succéder le Fils de l’Homme.


Alors ce Fils de l’Homme n’est plus ce juge extérieur dont on nous menace d’habitude dans la perspective du jugement eschatologique, mais il signifie ce que nous pouvons tous être dès maintenant, si nous nous réunifions à nous-mêmes, à notre être profond et essentiel, de cette façon : "Jésus a dit : ‘Lorsque vous faites le deux Un, vous deviendrez Fils de l’homme, et si vous dites : montagne, éloigne-toi : elle s’éloignera.’ " (logion 106).


photo Michel Théron

Ce qui permet ce miracle, l’ambulation de la montagne, c’est l’effort, le travail, réservé peut-être à certains seulement, qui peuvent réaliser leur propre unification. Ce n’est donc pas la foi qui soulève les montagnes, comme le dit le discours majoritaire tiré du texte canonique : "Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne : ‘Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer’, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir." (Mc 11/23 ; cf. Mt 17/20 et 21/21).

C’est que ce dernier discours, beaucoup plus simple, s’adresse à la foule, qui effectivement n’est pas naturellement portée à faire un tel effort de réunification intérieure, de réunion à soi-même. Qui ne meurt de n’être que soi ne sera jamais soi-même.

Voir plus d’éclaircissements sur cette problématique (dualité de la vie et réunion au "modèle instituant") dans
le site "autour des auteurs" ; article "deux vies" présentant un ouvrage de Michel Théron.

 

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Published by Michel Théron - dans le Fils de l'homme
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