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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 18:10

"La Trinité chrétienne est une triade", par Jean-Claude Barbier, article à la Une de la Correspondance unitarienne, n° 88, février 09, 4 p. (suite).

Y aurait-il eu une influence de la civilisation indienne ?

Nous savons que, de leur exil à Babylone, les Judéens ont ramené des éléments  qui étaient jusqu’alors " étrangers " à la culture hébraïque : les messagers de Dieu deviennent des archanges avec des noms propres (Raphaël qui guide les voyageurs, Gabriel qui fait les annonces) et un chef d’armée (Michel). Ces influences d’Orient continuent à se faire sentir même après le retour d’exil, comme par exemple avec l’espérance d’une résurrection des corps et l’attente d’un Jugement moral (hérités du zoroastrisme), avec la menace d’une damnation éternelle pour les uns, d’une vie heureuse pour les autres. Egalement avec le célibat et le végétarisme chez les Esséniens que l’on peut mettre en relation avec ce qui se pratique en Inde.

Depuis l’expédition d’Alexandre le Grand dans la vallée de l’Indus, le monde méditerranéen a été mis en relation d’une façon directe avec ce foyer culturel. Les conceptions philosophiques hindoues étaient connues du monde grec au début de notre ère. La ville d'Alexandrie accueillait d'ailleurs une communauté indienne et des témoignages grecs sur le culte vishnouite du IIème siècle avant J.-C. existent (dont celui de Héliodore, fils de Dion).

batik indien représentant la Trimoûrti d'après une sculture ancienne du site "Elephant Cave"

 L’indianiste français Alain Daniélou (Mythes et dieux de l'Inde, Champs Flammarion, 1994) n’hésite pas à établir un parallèle entre les déités de la trimoûrti hindouiste et celles de la trinité chrétienne. Dieu le père, le procréateur, est à rapprocher de Shiva*, le dieu se substituant à son organe de création, le lingam ; Vishnu serait alors Dieu le fils, descendant sur la terre sous forme d'avatars. On trouve d'ailleurs un certain nombre de similitudes ou ressemblances entre Krishna et les autres avatars et le Christ, comme on en trouve d'ailleurs avec certains héros grecs ; Krishna et Achille ne meurent-ils pas de la même façon, une flèche dans le talon. Ces similitudes entre Jésus et Krishna ont fait l'objet d'étude par des auteurs comme Gerald Massey (1828-1907), Kersey Graves (1813-1883), un quaker de l'Indiana, et d'autres encore. Quant au Saint-Esprit, il ne semble pas avoir mieux réussi sur le plan de la dévotion que Brahmâ (à qui, dans toute l’Inde, un seul temple est consacré).

* Je verrai plutôt un rapprochement avec Brahmâ !

Il va de soi que l’influence irait dans le sens de l’hindouisme au christianisme puisque la réforme qui marque le passage du védisme à l'hindouisme date du IVe ou IIIe siècle av. J.-C., même si elle ne s'est imposée largement que plus tard.

Cela dit, la comparaison avec la Trinité chrétienne est à la fois imparfaite et contestée, dans la mesure où certains hindous ont tendance à privilégier les uns Shiva, les autres Vishnu, explique Arthur L. Basham. Pour Wilhelm Schmidt comme pour Max Müller, les influences entre hindouisme et christianisme, si elles ont eu lieu dans une moindre mesure, ne sont survenues que tardivement.

Mais au-delà des comparaisons de figures à figures, toujours imparfaites et en partie subjectives, ne faut-il pas adopter une approche structuraliste ? C’est l’architecture qui importe, indépendamment du contenu ; c’est finalement la mise en relation entre les déités, pour en faire un système englobant, qui est en jeu. Les triades en sont d’autant plus puissantes qu’elles sont unitaires dans leur projet, ne laissant plus d’échappatoire. Elles annulent les alternatives, les ailleurs, les choix multiples, les no man’s land. Elles proposent une vision totale, complète, bouclée, finie, harmonieuse pour l’esprit abstrait.

Elles font le délice des esthètes. Les légendes, retransmises par les théâtres populaires, s’en donnent à cœur joie avec les relations matrimoniales ou adultérines, filiales ou incestueuses, sinon contre nature avec les animaux comme le taureau, les avatars et autres apparitions fantaisistes, etc. L’imaginaire religieux n’a pas de bride sur le cou.

Mais elles enferment dans un système où les points de repère se multiplient, en vase clos : la fatalité du chiffre 3 qui, comme le 1, peut engendrer un univers totalitaire … Toutes les religions ont d’ailleurs cette tendance à être englobantes. Si le judaïsme en est resté au monothéisme, il n’en a pas moins multiplié les fêtes (avec obligation de monter à Jérusalem pour deux d’entre elles, la Pâques et les Tentes) et les interdits alimentaires. L’islam orchestre toujours, chaque année, le grand pèlerinage à La Mecque et le Coran a multiplié les anathèmes à l’encontre des " infidèles ".

Dans cette optique, l’explication de la Trinité chrétienne tiendrait moins à une lecture déductive des Ecritures (les argumentaires trinitaires isolent péniblement quelques versets de leur contexte) qu’à une volonté de construire un système de croyances englobant, lequel donnera effectivement naissance à la chrétienté – un système clos où l’Eglise avait réponse à tout ... du moins tant que les hommes vivaient dans l’ignorance. La Renaissance sera un retour à la Vie, à la découverte du Monde, à une curiosité qui s’était déjà exprimée lors de l’Antiquité, à des regards humains ... et, enfin, humanistes.

à suivre ...

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