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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 18:25

par Jean-Claude Barbier, janvier 2009

Des triades de divinités majeures sont apparues dans les sociétés indo-européennes. Selon la thèse de Georges Dumézil, elles reflèteraient, au niveau du sacré, les fonctions tripartites autour desquelles s’organisent des sociétés : religieuse liée au sacré (avec un clergé, un droit enraciné dans le sacré), politique et militaire liée à la force, enfin productrice liée à la fécondité.

On peut penser aussi à la valeur symbolique du chiffre trois : son rôle en géométrie avec les figures du triangle et du cercle, sa connotation culturelle par exemple dans la Bible (les trois étrangers qui se présentent à Abraham, les trois mages qui viennent adorer l’enfant, etc.).

Les triades fonctionnent comme des matrices symboliques qui servent à coordonner les puissances surnaturelles existantes à partir d’un premier pôle dominant.

La Rome antique a hérité de la triade ombrienne avec Jupiter (signe de souveraineté), Mars (manifeste la force guerrière) et Vofionus ; triade remplacée par la pré-capitoline avec l’hégémonie latine : Jupiter, Mars, Quirinus (qui prend en charge la production et la fécondité), puis par la capitoline, vénérée sur la colline du Capitole et qui comprend Jupiter déjà cité et qui garde son rôle, Minerve, déesse de la sagesse mais aussi de la guerre aux attributs guerriers (égide, lance) qui prend la place de Mars pour incarner la force guerrière, et Junon, qui, quant à elle, symbolise le mariage lorsqu'elle est représentée recouverte de voiles ou est associée à la fécondité lorsqu'elle en tient l'emblème, une pomme de grenade.

Dans la mythologie germanique et nordique, la triade est représentée par Odin, en position de dieu suprême et représenté borgne, Tyr ou Thor, le dieu de la Guerre porteur d’un marteau, et Freyr, qui représente la vie et la fertilité en brandissant un épi (voir sur le site de Wikipedia, à l’article sur les triades, une tapisserie suédoise du XIIème s. représentant les trois rois mages avec les attributs des anciens dieux scandinaves !)


Dans la mythologie celtique, la triade, attestée par le poète latin Lucain, aurait été composée de Taranis, Esus et Teutatès.

L’hindouisme présente la célèbre trimûrti (
= trois formes en sanskrit) avec les dieux Brahmâ, le créateur, Vishnou, associé à la conservation et à la protection, et Shiva symbolisant la destruction. Cette trimûrti succède à la triade védique formée d'Agni, seigneur du feu sacrificiel et du foyer, d’Indra, divinité de la guerre et incarnation de la force et de Sûrya qui incarne le soleil et la génération (il est le père du premier homme).

batik moderne représentant la trinité hindouiste (la Trimourti), inspiré par les gravures découvertes au site "Elephant caves".

On retrouve la triade dans la théologie chrétienne avec le dogme trinitaire réunissant en une seule personne : Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit (en succession de la formule ternaire du Nouveau testament : le Père, le Fils et le Saint-Esprit).

Le mot " trinité " n’appartient pas au vocabulaire du Nouveau Testament, ni au dogme originel des premières communautés chrétiennes. On trouve le mot grec "trias", qui signifie "trois", 
utilisé à propos des trois Personnes divines, pour la première fois (vers 180) dans les écrits de Théophile d’Antioche (À Autolycus, II, 15). C’est Tertullien (dans les premières années du IIIème siècle) qui introduit le terme Trinitas dans le lexique théologique latin (Contre Praxeas). C'est avec l'arianisme, au début du IVe siècle, qu'enfle la polémique, et l'usage du mot.

A noter que, dans les deux derniers cas, il ne s’agit plus d’un simple trio (trois divinités regroupées mais restant distinctes) mais d’une fusion mystique de trois divinités qui sont non seulement présentées ensemble mais qui sont désormais indissociables – une seule personne dans le cas de la trinité chrétienne, comme la clef de voûte d’une coupole trilatérale.

Il n'est pas interdit de penser que cette trinité chrétienne est un geste empreint de syncrétisme, un dogme nécessaire au moment ou le christianisme se répand dans l'empire romain, qui concilie triade capitoline et monothéisme sémitique par le biais d'une seule substance en trois personnes.

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