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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 10:22

par Jean-Claude Barbier, janvier 2009

 

Le polythéisme répond aux besoins d’un peuplement humain hétérogène où chaque élément apporte sa ou ses puissances surnaturelles protectrices (animaux totémiques, ancêtres, esprits, divinités, etc.). Il va dans le sens d’une intégration sociale et mise sur la tolérance : les puissances surnaturelles apportées par autrui sont partagées. Voir l'aventure biblique de Jonas où tous les marins et passagers du bateau prient leurs dieux.


" IHVH soulève un grand souffle sur le mer. Et c'est une grande tempête. Le navire pense être brisé. Les marins frémissent. Ils clament, chaque homme vers son Elohîm [= dieu]. Ils projettent les objets du navire dans la mer pour s'en alléger. Iona [notre prophète Jonas] descend aux soutes du vaisseau. Il se couche et s'endort. Le grand navigateur s'approche de lui et lui dit : "Qu'as-tu, endormi ? Lèves-toi ! Crie vers ton Elohîm. Peu^-être l'Elohîm se ravisera-t-il pour nous, et nous ne serons pas perdus ". La finale de l'histoire est tolérante (ce qui est rare dans la Bible !) puisque Dieu pardonnera aux gens de Ninive bien que ceux-ci soient polythéistes !
 

Ces puissances surnaturelles peuvent être simplement juxtaposées (cas des religions coutumières en Afrique noire et du Vaudoun), mais elles peuvent aussi être coordonnées selon plusieurs schémas :


- une cohabitation pacifique des dieux dans les mêmes lieux de culte : toute protection divine est bonne à prendre et il n'y a donc pas d'incompatibitié. Chaque marin à bord du bâteau que le prophète Jonas a pris pour tenter de fuir Ninive, prie son propre dieu afin d'apaiser la tempête et s'étonne fort que Jonas n'en fasse pas autant !

Le panthéon (en grec : pan = tout, theos = dieu) est un temple où les Grecs et les Romains réunissaient tous leurs dieux. A La Mecque, la Kabba était un sanctuaire où nomades et commerçants pouvaient déposer leurs propres puissances protectrices.
Il désigne aussi l’ensemble des dieux d’une mythologie ou d’une religion lorsque ceux-ci sont mis en relation.
Par extension, on appelle Panthéon un monument où sont déposés les corps des hommes illustres d'une nation. Le peintre Raphaël initia cet usage en 1520 en reposant au Panthéon de Rome, exemple qui fut suivi au Panthéon de Paris et en d'autres lieux.

- L’hénothéisme (terme forgé par l’historien allemand des religions F. M. Muller 1823-1900) admet une pluralité de dieux mais aussi leur hiérarchisation par un dieu ou une entité suprême (le Zeus des grecs, le Jupiter des Romains, etc.). Une telle hiérarchisation peut résulter d’une centralisation politique : un dieu se retrouve en position dominante, par exemple Mardouk, dieu de Babylone, érigé en dieu suprême à la suite de l’hégémonie régionale de Babylone sur les cités sumériennes.

- les dualités : Le taoïsme est connu pour sa philosophie des contraires qui sont étroitement complémentaires, indissociables. Il rejoint la pensée duelle * en usage dans des populations anciennes (chez les Amérindiens étudiés par l'ethnologue Claude Lévy-Strauss ou encore des populations d'Afrique noire étudiées par d'autres, comme par exemple les populations Sara du Tchad), qui, en distinguant les choses et en les localisant géographiquement et socialement à des places bien précises, est fondatrice d'un ordre loin de l'indifférenciation du chaos primordial. La pratique de la circoncision et de l’excision en Afrique du Nord-Est et au Moyen-Orient va dans ce sens - avec dans le cas présent une mise à nue chirurgical des sexes afin d'éviter toute confusion possible. Le zoroastrisme introduit le dualisme religieux, avec la lutte entre les puissances du Bien et celles du Mal.
* Elle s'appuie sur des catégories qui se répondent : le jour et la nuit, le soleil et la lune, le froid et le chaud, le cuit et le cru, le village et la brousse, le masculin et le féminin, la droite et la gauche, le sacré et le permis, le pur et l'impur, etc.

- les triades indo-européennes conçoivent trois divinités à la tête de la hiérarchie des entités surnaturelles, lesquelles sont toujours citées en premier (cas des triades gréco-romaines), ou bien toujours associées (rarement présentées seules) ou encore dites de même origine (le feu ou un oeuf primordial dans le cas védique). Pour la trinité chrétienne, c'est le même dieu - Dieu - en trois personnes.


Par opposition aux pratiques polythéistes, on a la
monolâtrie qui est un culte exclusif rendu à un seul dieu, unique protecteur d'une cité ou d'une nation, mais sans qu’il y ait pour autant négation de l’existence des autres dieux - cas par exemple du dieu de l'Ancien Testament qui veille sur son peple élu) et, plus radical, le monothéisme qui, lui, affirme l’existence d’un seul Dieu - les autres dieux, comme l'affirme la Bible, étant fait de mains d'homme ... Ce monothéisme peut rester tribal : c'est "mon" dieu qui est Dieu, le seul dieu valable (ben voyons !), et à ce moment là il risque de devenir impérialiste en étant imposé aux autres, ou bien il est un Dieu d'emblée universel, non approprié, non révélé à certains et pas à d'autres, celui par exemple que présentera le théisme au Siècle des lumières.

 

Ces mises en relation des dieux entre eux sont facilitées par la plasticité des êtres surnaturels, lesquels échappent par définition à la matérialité de la nature humaine, au temps et à l’espace.

 
- les relations familiales à l’exemple des humains : enfants, épouses, etc. Les mythes, les légendes et l’iconographie s’en donnent à cœur joie pour tisser de tels liens. Dans l'Antiquité, les villes étaient créées sous l'égide d'un dieu protecteur de la ville (" divinité polyade "), et le fondateur s'enorgueillissait d'être le fils d'un dieu (surtout chez les Grecs). En hindouisme, tous les dieux ont une épouse (unique) puisque la manifestation exige pour être une double polarité — le masculin et le féminin.

- les équivalences : par exemple entre dieux grecs, égyptiens et romains. Les panthéons ethniques et nationaux s’enrichissent selon leurs relations extérieures, les immigrations, etc. Jésus est comparé à Bacchus dans les noces de Cana, à un dieu suprême dans le Christ Pantocrator, etc.

- les adoptions : les Egyptiens adoptèrent Astarté, les Romains Isis, les Grecs modifièrent le panthéon des autres peuples pour le coller au leur, les Phéniciens accueillirent Hathor (Dame divine de Byblos), les Asiatiques possédaient tous un Bâal national, les Carthaginois adoptèrent les dieux grecs, etc.

- les apparitions : cas du culte marial avec apparitions sous une forme différente à chaque nouveau lieu : Gitans, Indiens, Pyrénéens, Parisiens, Portugais, etc., peuvent ainsi avoir leur Vierge à eux !

- les avatars : contrairement aux humains, les puissances surnaturelles peuvent apparaître sous plusieurs formes endogènes (hindouisme) et exogènes (divinités vodoun mises en parallèle avec les puissances chrétiennes – Marie, les saints, Lucifer - et avec les divinités de l’hindouisme par exemple – à partir des milieux humides – Dan divinité des milieux lagunaires au Sud-Bénin, Nana Buruunku cooptée par le vodoun et Ganesh de l’hindouisme). 

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