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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 15:35
par Jean-Claude Barbier, article publié dans les Actualités unitariennes du vendredi 19 juin 2009 et transféré ici.

Les reliques se multiplièrent en Europe à partir du Vème siècle avec le développement du culte des saints. Au siècle suivant, Grégoire de Tours tonne contre les fabricants de reliques ! Mais elles s’avèrent bien utiles pour galvaniser la foi des fidèles ... et enrichir les cités qui les détiennent. La crédulité populaire et la dévotion des élites aidant, elles ne rencontrent guère d’opposition.

Toutefois, ce ne sera pas entièrement le cas du "Suaire de Turin" (plus exactement un linceul), qui était à Lirey à partir de 1357. Soudainement apparue en France aux lendemain des croisades, cette nouvelle relique va rencontrer une opposition, à commencer par l’évêque du lieu qui déclare ni plus ni moins que c’est un faux ! Par une bulle de 1389, afin de modérer la dévotion excessive des fidèles, le pape d’Avignon Clément VII défend qu’on l’expose sans proclamer " à haute et intelligible voix que cette image ou représentation n’est pas le suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ mais seulement une peinture, un tableau qui le figure " (sic !).  En 1449, le cistercien Thomas, abbé d’Aulne et Maïtre Henri Beckel, chanoine de la cathédrale de Liège, déclarent que " sur le tissu ont été peints avec beaucoup d’art, les linéaments des membres du Christ ". Il faudra attendre 1506 pour que le pape Jules II autorise le culte liturgique, donc public du Saint-Suaire.

Au milieu du XVIème, lorsqu’on exposa à la vénération des fidèles de la Collégiale de Lirey près de Troyes, Pierre d’Arvis, évêque de Troyes, exhume un texte de son prédécesseur Henri de Poitiers qui explique comment le suaire avait été peint, l’artisan qui l’avait produit s’en étant confessé à lui ! Ce qui est somme toute une confession bien valorisante pour un humble artisan ...

Bref, ce soit disant linceul de Jésus est confiné comme relique pour la dévotion idolâtre des fidèles les plus crédules ...

Il fallut attendre le négatif de la photo prise en 1898 pour qu’il se révèle être (enfin) un objet à étudier. Et plus, plouf ! la datation du carbone 14, faite en 1988, près d'un siècle plus tard, le plonge de nouveau dans la poubelle des reliques.

Je me souviens du soulagement d’un dominicain proclamant que la foi ne devait nullement reposer sur du matériel ! Finalement, tout le monde était content – les non croyants qui n’aiment pas les reliques, les techniciens qui se suffisent d’une seule analyse sans plus considérer les autres approches déjà faites et ne jurent que par leur seule méthode, les croyants mystiques pour qui la foi est un pur élan vers Dieu (un saut dans le vide sans parachute dans le dos), les partisans du Christ de la foi qui n’ont nullement besoin de connaître le Jésus de l’Histoire, les adeptes du christianisme gnostique qui se multiplient depuis la découverte des manuscrits de la Mer morte et la publication des apocryphes, etc.

Codex-De-Pray.jpg

 

Or, avec toutes les analyses pertinentes qui ont déjà été faites, on ne peut plus revenir en arrière ! Manifestement, avec tout ce que l'on sait désormais, on ne peut plus accepter  la théorie facile d’un faussaire génial qui aurait peint un tissu ! Il lui aurait fallu en effet beaucoup d'intuition : mettre les tâches de sang là où il le fallait, savoir que le pouce se repliait lorsqu’on enfonçait un clou dans les poignets, ne pas mettre ces clous dans la paume des mains comme tous les peintres de son époque représentaient alors la crucifixion, aller chercher des pollens de Palestine pour en parsemer le tissu, etc. Bref, un thriller pire que Da Vinci Code !

Avec le codex hongrois De Pray, daté de 1192-1195, qui s’inspire manifestement du linceul de Jésus (jusqu'à reproduire des trous faits peut-être par des gouttes d'un liquide brûlant), soit un siècle avant la datation donnée par la méthode du Carbone 14 (1260-1390), les historiens donnent le coup de grâce à une méthode considérée jusqu’à présent comme infaillible ; ou du moins les conditions de son application en 1988 pour l’objet dont il est question sont-elles à revoir.

La question à débattre désormais est à suivante : pourquoi les analyses faites par le carbone 14 ont-elles donné un résultat contradictoire ? échantillon trop ponctuel, mode de vieillissement des fibres de lin, conséquence de l’incendie de 1532 qui aurait enrichi l’étoffe en carbone 14 par une pollution au monoxyde de carbone ?

L’arroseur arrosé ! l’accusation aurait-elle changé de bord ?
L’émission de TV 5 Monde de ce mardi 16 juin " Questions à la Une " remet le linceul de Jésus sur le tapis ... Eh oui ! ce n’est pas terminé comme le proclamait hâtivement la zététique ! Bien curieuse histoire que celle de Jésus qu’on arrive décidemment pas à enterrer une fois pour toutes et qui refait sans cesse surface.

Il faut parfois du courage pour aller à contre courant des idées reçues, des modes de pensée dominantes, des évidences proclamées par tous. Professant la liberté de pensée, les unitariens sont un peu comme des électrons libres, non encartés, non contrôlés, assurément non grégaires. Ce n’est donc pas incongru que les Actualités unitariennes rappellent ici que tout ce qui concerne le Jésus historique est à étudier et non pas à balayer d’un revers de main. Si ce Jésus historique n’a nullement besoin de dévots idolâtres, il n’a pas besoin non plus d’iconoclastes toujours un peu précipités dans leur besogne de destruction.

C'est ce que fit, le 7 mars 1994, l’unitarien suisse Roger Sauter en donnant une conférence à l’Union protestante libérale (ULP) de Genève sur le "Suaire de Turin " afin d'en souligner tout l’intérêt, conférence restée malheureusement non publiée.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le linceul de Turin
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