Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:35

par Jean-Claude Barbier (suite de l'article précédent "la relève prise par les femmes"). L'article présent a été publié le mercredi 26 mars 2008 dans les Actualités unitariennes et transféré ici.

le vendredi soir

Joseph d’Arimathie (Ioseph de Ramataïm, probablement le village Ramataïm Sôphimù à quelques km au nord-ouest de Jérusalem), utilise son rang de notable conseiller (il est sans doute membre du Sanhédrin), pour demander le corps à Ponce Pilate. Il le descend de la croix ; selon Jean aidé par Nicodème (Jn 19, 38-40).

Il faut faire vite à cause du sabbat. La mort est survenue à 15h et le soleil se couche à 19h. Marc, Matthieu et Luc disent seulement que Joseph "roula" ou "entoura" le corps dans un linceul qu’il venait d’acheter. On peut penser que les mains et les pieds furent attachées avec les bandelettes, qui sont des ligatures, et que Jean mentionne (" Ils prirent le corps de Jésus et le lièrent " ; ils au pluriel car, dans cette version johannique, Nicodème est venu à la rescousse).

Mais y a-t-il eu une toilette funéraire ? En principe, on doit laver le corps puis le oindre d’huile parfumée. Selon Jean (seul), Nicodème aurait apporté à cet effet un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres (Jn 19, 39) ; mais il ne parle pas précisément d’une onction du corps ; les aromates sont mis avec les linges. Y a-t-il eu une simple aspersion à défaut d’onction ?

Le détail est ici d’importance car le lavement du corps et son onction de l’huile aurait enlevé, ou du moins atténué, les marques de la Passion ... celles précisément que l’on retrouve imprégnées dans le linceul conservé à Turin !

Le corps est déposé dans une tombe taillée dans le roc (Marc 15, 46), qui n’avait pas encore servi (Luc 23, 52 ; Jean 19, 41), qui est à proximité du Golgotha (Jn 19, 42), dans un jardin (Jn 19, 41). Seul Matthieu nous dit que ce tombeau appartenait à Joseph d’Arimathie (Mt 27, 60). Une grande pierre (sans doute plate) est roulée pour en fermer l’ouverture.

dans la nuit, avant le dimanche matin

La sépulture n’était que provisoire. Jésus est donc en transit de cette sépulture à une autre. Sa famille serait-elle venue récupérer le corps ? De nuit et durant le sabbat pour échapper à la vigilance non pas des Romains (car Pilate a remis le corps) mais à la populace ? Si cette hypothèse est la bonne, c’est la première fois que la famille de Jésus, hormis Marie, se manifeste. A l’appui de cette hypothèse, le tombeau de Talpiot.

L'évangile de Pierre (apocryphe du IIè siècle), versets 35-44, relate, dans un genre empreint de merveilleux, un bien curieux épisode : les gardes auraient entrevus deux hommes entrés dans le tombeau et en ressortir en encadrant un troisième et le soutenant. On ne peut mieux décrire un enlèvement du cadavre, du moins nous indiquer comment on pouvait faire à l'époque pour en kidnapper un avec le maximum de discrétion !

L’opinion publique, à Jérusalem, ne s’y trompe pas. Le bruit court en ville que les disciples ont subtilisé le corps pour faire croire à une résurrection (Mt 28, 15). Matthieu, dont nous savons que l’évangile s’adressait d’abord aux communautés judéo-chrétiennes de Syrie, est sensible à cet argument. Il y rétorque par une histoire bien compliquée de soldats qui auraient été préposés à la garde du tombeau (Mt. 27, 62-66 ; puis 28, 11-15). Aujourd'hui, en Afrique noire et sans doute ailleurs aussi, les taxis transportent à moindre frais les cadavres ainsi encadrés par deux membres de la famille afin de contourner les autorisations officielles et les charges des pompes funèbres.

Marc semble répondre aussi à la même préoccupation en nous faisant remarquer que des faibles femmes ne pouvaient, à elles seules, bouger la pierre "Et elle se disaient entre elles : "Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? " (Mc 16, 3).

le dimanche matin
Fra Angelico, La résurrection du Christ et les femmes au tombeau, fresque 1440-1441, couvent San Marco à Florence (Italie).

Les " Onze " (les Douze moins Judas) et " tous les autres " (Lc 24, 9) sont mis au courant par les femmes. Mais, pourtant, seul Pierre se déplace. " Mais Pierre, s’étant levé, courut au tombeau et, s’étant penché, il voit les bandelettes seules et il s’en alla chez lui, étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12). Jean, il faut s’y attendre, ajoute " l’autre disciple ", témoin jusqu’au bout. Plus jeune et plus alerte, celui-ci arrive en premier et, par respect, laisse Pierre entrer le premier. Partage des rôles, à Pierre le commandement de la première communauté, à lui le rôle de témoin par excellence, " il vit et il crut " (Jn 20, 8).

Qu'y a-t-il dans le tombeau ? Le constat est fait non par les femmes (manque de curiosité  ? effroi devant la pierre ôtée ?) mais par Pierre et "l'autre disciple".  Pierre y voit les bandelettes * seules  (Luc, 24, 12), mais Jean y ajoute le suaire * "roulé à part" (des bandelettes), déposé à un autre endroit (Jn 20, 7). Plus de corps (a-t-il été déposé à Talpiot ?), plus de linceul (est-ce le Suaire de Turin ?) !
* ces bandelettes servaient de ligature et n'étaient nullement utilisées pour envelopper le corps comme pour les momies égyptiennes.
* dans une note relative à la résurrection de Lazare, André Chouraqui précise que le suaire (distincte du linceul ; soudarion en grec) est un linge mis autour du cou et servant à éponger la sueur ; ici pouvant servir de mentonnière.


La conclusion de Luc et de Jean est la même : Pierre et " l’autre disciple " pour Jean rentrent tout bonnement chez eux. Pierre est " étonné de ce qui était arrivé " (Lc 24, 12) et Jean précise, à propos de Pierre et de " l’autre disciple " : " Car ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture, qu’il devait ressusciter des morts " (Jn 20, 9).


Qu’il y ait eu résurrection de Jésus ou pas, c’est précisément à partir de ce constat du tombeau vide, que le travail de deuil va s’organiser ... Il va durer des pâques juives à la Pentecôte, autre fête du calendrier hébraïque.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Claude Barbier - dans le tombeau vide
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives