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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 08:55

par Louis Cornu


Selon Papias d’Héliopolis, comme Polycarpe de Smyrne (le Maître d’Irénée de Lyon) contemporain des derniers témoins survivants de Jésus, à la fin du 1er siècle, Pierre avait comme interprète-secrétaire à Rome ; Marc, l’auteur du deuxième évangile, qui de ce fait, avait fidèlement recueilli ses souvenirs. Notre Marc devait naturellement contenir le témoignage de Pierre sur l’apparition du chapitre 21 de Jean et sur celles que Paul énumère dans sa première épître aux Corinthiens.


Malheureusement, notre Marc canonique est un texte tronqué (en 16, 8) pour la raison qu’explique Clément d’Alexandrie (150-215) dans sa lettre à Théodore. Clément disposait d’un évangile complet de Marc, mais il estimait que ce texte ne devait pas être mis dans toutes les mains, car des hérétiques y trouvaient la justification de leur pensée. Il est donc pratiquement évident que c’est dans les récits d’apparitions dont notre Marc a été expurgé, que le Marc complet et secret de Clément était sulfureux.


icône de Clément d'Alexandrie

C’est justement par des écrits hérétiques gnostiques que nous détenons sur Jésus et son entourage des informations surprenantes. On y apprend que Pierre et d’autres disciples n’appréciait guère l’attitude de Jésus à l’égard de Marie de Magdala : d’une part il la considérait comme une disciple accomplie, une confidente comprenant sa pensée mieux que quiconque … d’autre part, elle était sa compagne très aimée. Alors qu’au regard de "l’Histoire sainte" de Jésus, cela paraît incongru et ne trouve pas sa place dans sa "vie publique", et pas davantage dans sa vie privée antérieure (puisqu’alors Pierre et Jésus ne se connaissaient pas). Les scènes évoquées ci-dessus devraient logiquement être supposées postérieures à la "Résurrection", au temps des "apparitions".


Paradoxe des écrits gnostiques qui verraient leur authenticité historienne suggérée par les évangiles, en raison même du silence de Marc, avec l’explication qu’en donne Clément d’Alexandrie.


Ndlr – Voici ce que dit la Bible de Jérusalem (1956, note f, p. 1350) sur l’actuelle finale de Marc

La "finale de Marc", vv. 9-20, fait partie des Ecritures inspirées ; elle est tenue pour canonique. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle ait été rédigée par Marc. En fait, son appartenance à la rédaction du second évangile est mise en question.


Les difficultés proviennent d’abord de la traduction manuscrite. Plusieurs manuscrit, dont Vat. Et Sin., omettent la finale actuelle. Au lieu de la finale ordinaire, un [autre] manuscrit donne une finale plus courte qui continue le verset 8 [de cette façon] : "Elles [Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé] racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé. Ensuite Jésus lui-même fit porter par eux, de l’orient jusqu’au couchant, le message sacré et incorruptible du salut éternel". Quatre manuscrits donnent à la suite les deux finales, la courte et la longue [l’actuelle]. Enfin, un des manuscrits qui donne la finale longue intercale entre le v. 14 et le v. 15 le morceau suivant :

"Et ceux-ci alléguèrent pour leur défense : ’Ce siècle d’iniquité et d’incrédulité est sous la domination de Satan, qui ne permet pas que ce qui est sous le joug des esprits impurs conçoive la vérité et la puissance de Dieu ; révèle donc dès maintenant ta justice.’ C’est ce qu’ils disaient au Christ et le Christ leur répondit : ‘le terme des années du pouvoir de Satan est comble ; et cependant d’autres choses terribles sont proches. Et j’ai été livré à la mort pour ceux qui ont péché, afin qu’ils se convertissent à la vérité et qu’ils ne pêchent plus, afin qu’ils héritent de la gloire de justice spirituelle et incorruptible qui est dans le ciel …’ "


La tradition patristique témoigne de même d’un certain flottement.


Par ailleurs on a peine à admettre que le second évangile dans sa première rédaction s’arrêtait brusquement au verset 8 [les femmes ont peur après avoir rencontré un ange qui leur a dit que Jésus était ressuscité et qu’il les précède en Galilée]. D’où la supposition que la finale primitive a disparu pour une cause inconnue de nous et que la finale actuelle a été rédigée pour combler la lacune. Elle se présente comme un résumé sommaire des apparitions du Christ ressuscité, dont la rédaction est sensiblement différente de la manière habituelle de Marc, concrète et pittoresque.


Toutefois, la finale actuelle a été connue dès le IIème siècle par Tatien et saint Irénée et elle a trouvé place dans l’immense majorité des manuscrits grecs et autres. Si l’on ne peut prouver qu’elle a eu Marc pour auteur, il reste qu’elle constitue, selon le mot de Swete, "une authentique relique de la première génération chrétienne".

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