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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 10:06

par Jean-Claude Barbier

La Bibliothèque Chester Beatty a été créée en 1950 à Dublin, en Irlande, dans le but de conserver les collections orientales et moyennes orientales du magnat américain de l'industrie minière Sir Alfred Chester Beatty (1875-1968). Parmi elles, des manuscrits coptes en dialecte sahidique, lequel peut être considéré comme une forme primitive du copte.

En Egypte, au cours du IIIème siècle après Jésus-Christ, la Septante et les écritures grecques chrétiennes de cette époque furent traduits en cette langue (selon The Anchor Bible Dictionary), dont le Chester Beatty 813 qui porte sur le Nouveau testament. Certains pensent même que cet évangile aurait déjà été diffusé en Egypte à la fin du 1er siècle, puis traduit en copte sahidique dès le IIème siècle (lien)


Une telle traduction présente de l’intérêt d’abord par son ancienneté car les documents d’avant le IIIème siècle sont rarissimes, ensuite parce que le dogme trinitaire s’est imposé à partir de 325 à la suite du concile de Nicée et a pu influencer les traductions ultérieures, enfin parce que le copte – comme nos langues occidentales – utilise l’article indéfini, ce que ne faisait pas le grec ancien, ni le syriaque, ni le latin.
En grec, on a "en archè èn ho logos, kai ho logos èn pros ton theon, kai theos èn ho logos" (Jean, 1,1).


Nouveau testament en copte sahidique, Chester Beatty 813 (Dublin)

Or l’usage de l’article indéfini s’avère bien utile pour savoir si on parle de Dieu ou bien d’un dieu. Il en est notamment ainsi pour le Prologue de Jean. C’est ce que tient à souligner La Tour de Garde du 1er novembre 2008 *, organe des Témoins de Jéhovah. La traduction de Jean, 1, 1 par ceux-ci (la "Traduction du Monde nouveau" qui est leur traduction) a été la suivante : "Au commencement la Parole était, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était un dieu" *. En cela, le manuscrit en copte sahidique leur donne raison.
* "La Parole était-elle " Dieu " ou bien " un dieu " ?" (pp. 24-25).

 

Nous remercions Fabien Girard de nous avoir informé de l’existence de cet article pertinent.

 

La Tour de Garde du 1er nov. 2008, édition en italien

La Bible de Jérusalem et d’autres traduisent quant à elles : " le Verbe était Dieu ", entérinant ainsi l’absence de l’article indéfini dans le grec ancien.

Le débat est d’importance puisque le même Prologue avance que c’est précisément Jésus qui est la Parole, le Verbe, le Logos. Jésus serait-il donc Dieu (à savoir Dieu lui-même qui se serait incarné en lui, ce qui est l’interprétation trinitaire officialisé par le concile de Nicée) ? ou bien " un dieu ", à savoir un être humain qui a été " glorifié ", qui a été " élevé " au ciel comme le patriarche Hénoch ou encore Elie et qui se retrouve auprès de Dieu, ou encore en son sein ? ou un être humain qui est mort mais qui a été ressuscité " d’entre les morts " selon le kérygme de la Pentecôte ?

Dans les trois cas, c’est assurément de l’ordre de l’exception, de l’extraordinaire à l’encontre de toute loi naturelle, du miraculeux qui suppose l'intervention d'un dieu providentiel. Ce qui implique "un acte de foi" : comme on dit, on y croit ou on n’y croit pas !


Dans un contexte monothéiste, l’affirmation que Jésus est un dieu ne peut pas passer et on voit mal l’auteur du Prologue penser cela. Le Verbe déposé par Dieu en Jésus et celui-ci alors dans un rôle de médium de Dieu est assurément une idée plus acceptable. Jésus aurait alors reçu la révélation divine par excellence, en direct !
Certaines bibles, plus prudentes, s’en tirent en disant que " le Verbe est divin ".


Ceci dit, le Fils de l’homme selon Jésus (s’inspirant du Livre d’Hénoch) est effectivement un être céleste, ayant vécu " au sein de Dieu " - et c’est précisément pour cela que le Prologue poursuit ses spéculations métaphysiques en affirmant que le Logo (= Jésus) était avant tous les siècles, au commencement du Monde ! Jésus l’aurait dit lui-même en affirmant qu’il était déjà avant qu’Abraham ne fut.

Et si les Témoins de Jéhovah avaient raison en insistant sur cette nature céleste de Jésus, ce qui est précisément la théologie arienne du IVème siècle (Jésus, être céleste " né avant tous les siècles ", dieu mais subordonné à Dieu, en position seconde) ? du moins en lecture fondamentaliste des Ecritures … et n’en déplaise aux unitariens pour qui Jésus est simplement un être humain comme nous tous *

* mais je rappelle ici que les unitariens ne sont pas fondamentalistes (à la suite entre autres d'un Faust Socin, William Ellery Channing et Thomas Parker) et sont dispensés (ouf !) de suivre à la lettre ce que disent les Ecritures lorsque celles-ci contredisent manifestement la raison !


Décidément ce Prologue de Jean, qui continue à faire couler beaucoup d’encre, est logiquement à mettre dans notre rubrique relative à cette figure si "extraordinaire" (au sens plein du terme) du Fils de l’homme.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le Fils de l'homme
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