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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 10:47

suite du texte de Louis Cornu "le Fils de l'homme".

Personnellement, Jésus a développé une mystique qui lui est propre, d’union intime avec Dieu, perçu comme son Père, non pas sur le mode adoptif, mais sur le mode de l’être. Dans cette mystique, Jésus est convaincu d’être tout-à-fait exceptionnellement, la personne céleste " dans le sein de Dieu, avant la création du monde " dénommée dans l’Ecriture " l’Elu " ou " le Fils de l’homme ". Il est cette personne d’origine, réellement quoique paradoxalement, aussi sous l’identité humaine de Jésus de Nazareth, né dans une famille humaine de Galilée, aujourd’hui persécuté par Caïphe et Ponce Pilate. Si Jésus avait quelque doute à ce sujet, il serait demeuré Juif pieux, sans doute d’obédience pharisienne, probablement avec femme et enfants, exerçant la profession de charpentier. Ce n’est pas le cas.

 

Sur la base de cette foi, de cette mystique, Jésus s’est convaincu d’avoir un rôle irremplaçable à jouer à l’époque où Caïphe et Ponce Pilate sont ensemble aux affaires en Palestine. Cette époque – entre 26 et 32 – est celle que Daniel, le révélateur du Fils de l’homme (sous inspiration divine) a indiquée comme dernier " septénaire " du monde actuel. A la fin de ce septénaire – Jésus en est certain – le monde sera transformé en une " nouvelle terre " devenue définitivement " Royaume de Dieu ", d’où la mort et le mal seront bannis et où la vie sera éternelle. Bénéficieront de cette vie, dans le Royaume de Dieu, les " justes " qui survivront au moment de cette transformation, ainsi que les morts ressuscités, reconnus justes à l’issue d’un ultime " Jugement général " qui constituera, dans le temps, la limite entre le monde d’avant et celui d’après sous la véritable " royauté de Dieu ".

 

Selon la révélation de Daniel / Hénoch, à laquelle Jésus adhère totalement, c’est au Fils de l’homme qu’appartiendra au dernier jour la fonction de Jugement. Ce jour de la Fin sera le jour où le Fils de l’homme = Fils de Dieu jugera et inaugurera du même coup une royauté divine éternelle. Ce sera l’avènement royal du Fils de l’homme. Ce sera " le Jour du Fils de l’homme " à l’issue du dernier septénaire en cours.

 

Implications pratiques de cette mystique eschatologique

 

Puisque Jésus se perçoit comme le Fils de l’homme céleste incarné, il lui faut en assumer concrètement le destin, la fonction, au cours du dernier septénaire où se déroule son existence humaine. Ce ne peut être encore la fonction finale de Juge et de Roi ; c’est, en attente de cela, une fonction de proclamation pour proposer le salut, un salut assuré aux seuls qui croiront au Fils de l’homme / Fils de Dieu. Ne seront sauvés en effet que les Juifs qui auront rallié la "congrégation" de ces croyants-là : la "congrégation des sauvés" (sauvé = nazôréen). Dans le concret, ce ralliement nécessaire, de plus en plus urgent, évidemment, qui consistait au début, en 28, dans l’admission au baptême nazôréen ou " baptême de Jean " est devenu, après l’arrestation de Jean, " se mettre à la suite de Jésus ", Fils de l’homme implicitement déclaré.

 

L’action de Jésus–Fils de l’homme, tout aussi concrètement, s’est trouvée inscrite de façon incontournable, dans le temps limité du dernier septénaire, et suivant le schéma daniélique de son déroulement.

 

1° - Le temps limité au dernier septénaire


Jésus doit bien admettre avec réalisme que le temps n’est repérable qu’avec une relative approximation, et que l’on ne peut en déterminer ni le premier jour, ni le dernier, celui de l’avènement du Fils de l’homme en juge et Roi, qui dépendra d’une décision ponctuelle de Dieu, au moment choisi par lui, inconnu du Fils de l’homme-Jésus lui-même.

 

2° le schéma du déroulement, en revanche, est connu avec une précision suffisante (Da 9, 25-27)

 

a) Il y aura " des guerres et des dévastations ", mais il n’est pas assuré que ces guerres et dévastations occuperont toute la durée du septénaire, de façon cruelle ou furieuse. En effet, le septénaire sera coupé en deux périodes égales ; la première sera caractérisée par une alliance imposée " par le dévastateur " - une sorte de collaboration pendant laquelle on peut admettre que le conflit sera simplement latent, à la veille d’exploser. Dans cette vision des choses, cela pourrait correspondre à la guérilla zélote actuelle contre les Romains, si faible et jugulée qu’elle soit en apparence.

 

b) La seconde partie du septénaire, pendant trois ans et demi, sera " sans sacrifice ni offrande " ; au culte du Temple détruit, s'étant substitué l’idolâtrie (" l’abomination " ) du dévastateur. Au cours de cette période, il va de soi que guerres et dévastations séviront : guerre contre le " dévastateur ", Rome et les nations qu’elle domine et qui la servent. Qui déclenchera cette guerre ? – qui doit finir par la victoire du " peuple de Dieu " sur le dévastateur, si ce ne sont pas les nationalistes juifs, les zélotes ?

 

Quand Jésus affirme avec conviction que, bientôt, du Temple, il ne restera pas pierre sur pierre, c’est qu’il analyse le présent et prévoit l’avenir suivant le schéma de Daniel où la ruine du Temple est l’évènement central. Normalement, au moment où il exprime cette conviction, il estime se situer au milieu du dernier septénaire, juste avant la période tragique, puisque le Temple est encore debout et qu’il doit être détruit au cours de cette période, sinon à son début.

 

C’est à partir de cette base que Jésus, en ce mardi-soir, trois jours avant son exécution, envisage l’avenir : l’avenir proche pour ses disciples, les nazôréens, en principe sauvés, qui auront pourtant à vivre des années (au moins trois et demie) difficiles et périlleuses avant le salut du dernier jour, celui du Fils de l’homme ; mais aussi l’avenir immédiat pour lui-même qui va affronter ses ennemis, déjà, avant le temps de l’épreuve générale.

 

Comment imagine-t-il cet avenir personnel immédiat ? Il va être exécuté, c’est certain, mais il voit cette exécution comme une glorification, apparemment une mort-glorification comme un seul évènement biface, dont la face mort ne serait qu’épi-phénoménale : il a surtout annoncé aux siens qu’ils allaient assister à sa glorification avec, semble-t-il l’ouverture du ciel et l’accueil des anges de Dieu (et dans cette hypothèse, une glorification publique spectaculaire). Sa mort effective va les surprendre, au point qu’ils n’espéreront même pas, d’abord, une résurrection.

 

Comment Jésus concevait-il sa mort-glorification, ou sa glorification sans mort ? Comment concevait-il sa transformation d’être humain souffrant dans sa chair en être céleste glorifié " dans le sein de Dieu "?

 

Le mercredi, jour de la négociation de Judas avec les Grands-prêtres, Jésus affirme : " Le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié " (Mt 26, 2). Jésus aurait donc été immédiatement au courant de ce qui se tramait.

 

Le jeudi soir, en annonçant qu’il va être " livré ", Jésus affirme : " Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé de lui " (Lc 21, 22 ; idem Mc 14, 21 et Mt 26, 24). Indubitablement, le départ du Fils de l’homme dont parle Jésus en lien avec la "livraison" qu’il vient d’annoncer, c’est sa "mort-glorification", évènement qu’il affirme prophétisé par l’Ecriture. De fait, la glorification du Fils de l’homme a été prédite par Daniel et Hénoch, mais la mort du Fils de l’homme, non : aucune prophétie, d’aucun prophète, dans l’Ecriture, sur ce point précis, la mort du Fils de l’homme. Enigme dont la solution devrait être celle-ci :

 

Le Fils de l’homme est, selon Daniel, destiné à recevoir " la royauté, la puissance et la gloire " : il sera donc roi sur Israël, peuple de Dieu ; il conduira Israël. Or celui qui conduit Israël est aussi, dans l’Ecriture, appelé Berger – même Dieu est berger d’Israël, dans les psaumes. Le Fils de l’homme sera donc "Berger" d’Israël : il y a concordance entre les deux titres. Il sera " Bon berger " et fidèle ou valeureux " compagnon " de Dieu, selon une qualification, en Za 13,7, qui correspond parfaitement à la personne du Fils de l’homme, depuis toujours dans l’intimité de Dieu, auprès de Dieu.


Christ Bon berger en croix, par Philippe Lecois (Caen)
 

Ce "Bon berger" est, selon Zac 13, 7-9, frappé sur l’ordre de Dieu. Nous avons bien là un texte prophétique prédisant souffrance et mort du "Fils de l’homme – Bon berger". Telle est certainement l’analyse que faisait Jésus, six mois plus tôt, lorsqu’il a déclaré : " Je suis le Bon berger qui donne sa vie pour son troupeau " (Jn 10, 11). Maintenant, en ce jeudi-soir, à quelques heures de son arrestation, il se tient toujours à cette analyse en affirmant qu’une " Ecriture " conduit son destin : cette écriture, c’est celle du Bon berger sacrifié sur l’ordre de Dieu, de Zacharie. Il en fournit la confirmation aussitôt en la citant à l’intention de Pierre : " Tous vous allez être scandalisés (en danger de tomber) car il est écrit : " Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées " (Mc 14, 27, citant Zac 13, 7-9) Aucun doute n’est possible lorsqu’on voit Jésus, présentant la coupe de vin, affirmer également : " cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous " (Lc 22, 20). En effet, selon Zacharie 13, 9, le sacrifice du Bon berger conduit à une alliance nouvelle au bénéfice des brebis rescapées d’une épuration sévère, mais nécessaire et salutaire, voulue par Dieu.

 

Il faut prendre "Jésus-Bon berger sacrifié-Fils de l’homme" comme un tout indissociable sur lequel est fondée la "Nouvelle alliance" au bénéfice des "Sauvés". C’est à Zacharie et non pas à Jérémie que Jésus se réfère en cette occurrence.


les derniers moments
 

Au jardin de Gethsémani, au moment de l’arrestation. " L’heure est venue, voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pêcheurs " (Mc 14, 41) ; " Voici qu’est proche l’heure … " (Mt 26, 45). Jésus à Judas : " Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme " (Lc 22, 48).

 

Le vendredi matin, avant l’aube, au Grand-prêtre qui l’interroge en présence de membres du sanhédrin, Jésus répond à cette question " Es-tu le Messie, le fils du Dieu béni ? ".

Je le suis, et vous allez voir le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel " (Mc 14, 62). " Tu le dis. Seulement, je vous déclare, désormais vous allez voir le Fils de l’homme, siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel " (
Mt 26, 64). " Si je vous le dis, vous ne me croirez pas … Mais désormais le Fils de l’homme siègera à la droite du Dieu puissant " (Lc 22, 69).

 

Le Grand-prêtre " déchire ses vêtements " et conclut : " Vous avez entendu le blasphème, qu’en pensez-vous ? Tous jugèrent qu’il méritait la mort ". Ce n’est pas en se prétendant Messie, mais en se disant Fils de l’homme à la droite du Tout-Puissant que Jésus a blasphémé car cela équivalait à se proclamer "de nature divine". C’est d’ailleurs ce que précise Luc qui ajoute l’échange suivant : " Tu es donc le Fils de Dieu ? Vous-mêmes, vous dites que je le suis ". Un tel blasphème d’auto-déïfication, selon la Tora, entraîne une lapidation. Deux fois déjà, Jésus l’avait évitée de justesse, pour ce même motif (Jn 8, 59 et 10, 31).

 

Le dimanche matin, à la pointe du jour, les femmes, venues au tombeau pour embaumer le cadavre de Jésus, n’y trouvent pas son corps, mais deux inconnus qui leur donnent une information stupéfiante :
" Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée. Il disait : il faut que le Fils de l’homme soit livré aux hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite " (Lc 24, 5-7).

 

C’est la dernière mention du Fils de l’homme dans les évangiles. Elle est de Luc. Il utilisera cette expression encore une fois dans son second ouvrage, les Actes, en relatant un évènement qui se produisit assez peu de temps après Jésus, moins de cinq ans vraisemblablement.

 

Etienne, nouveau rallié à la communauté des nazôréens disciples de Jésus, fait cette déclaration qui provoque sa lapidation : " Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu " (Ac 7, 56). Etienne est le troisième nazôréen exécuté, après Jean et Jésus, en raison de la proclamation de sa foi dans la divinité du Fils de l’homme.

 

Le Nouveau testament n’utilise l’expression Fils de l’homme, ensuite, que dans son dernier livre, l’Apocalypse, ouvrage attribué à l’évangéliste Jean et rédigé, dit on, vers la fin du siècle, c’est-à-dire, au moins soixante ans plus tard. Vision du Fils de l’homme au ciel :
Et au milieu des chandeliers quelqu’un qui semblait un Fils d’homme … disant " Ne crains pas. Je suis le Premier et le Dernier et le Vivant. Je fus mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles et je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts " (Ap 1, 13-18). " C’était une nuée blanche et sur la nuée siégeait comme un Fils d’homme " (Ap 14, 14).

Ce Fils d’homme lance alors l’ordre de procéder à la moisson finale …


En conclusion :


Le "Fils de l'homme" de Daniel, figure allégorique du "Peuple de Dieu", amplifiée en personnage céleste réel, d'origine divine, par les Paraboles d'Hénoch, est assumé par Jésus, Fils de l'homme du Nouveau Testament, avec une particularité tragique supplémentaire de souffrances et de mort ... que n'avaient prévue ni Daniel, ni l'auteur de ces Paraboles.

C'est cette origine divine, affirmée par les Paraboles d'Hénoch qui, pour tout homme qui se prévaudrait de cette identité, équivalait à la prétention blasphématoire de se faire "l'égal de Dieu". C'est exactement ce que fit Jésus, mystiquement convaincu de son origine divine singulière ... assumant avec réalisme les contingences de son présent, soutenu, jusqu'à sa crucifixion, par une foi inébranlable dans son imminent destin personnel eschatologique radieux.

C'est la relation étroite de ces trois situations - origine divine, présent difficile, destin glorieux - assumés en bloc par Jésus le Nazôréen, qui constitue l'unité profonde du "Fils de l'homme" des quatre évangiles, en "Fils de Dieu", de façon singulière certes ..., mais sans toutefois l'égalité trinitaire du dogme chrétien.

→ suite du texte de Louis Cornu avec  "Judas fut-il envoyé en mission ?"

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Published by Louis Cornu - dans le Fils de l'homme
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