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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 09:10

par Jean-Claude Barbier

Une première tradition (yahviste), en Gn 4, fait d’Hénoch le fils de Caïn.
Adâm et Hava (Eve) * donnent naissance à Caïn et à son frère Ebèl. Ce dernier est tué par Caïn et n’a pas eu le temps d'avoir une progéniture. Caïn, après sa malédiction par Dieu pour le crime qu’il a commis, donne naissance à Hanokh (Hénoch). Il est dit alors que Caïn " bâtit une ville et crie le nom de la ville, comme le nom de son fils : Hanokh " (Gn 4, 17). Bâtir une ville signifie la fortifier, par opposition à un établissement humain ouvert.
* les noms sont pris dans la traduction de la Bible par André Chouraqui

Alors que cette tradition yahviste fait de Caïn et Abel les fils directs d’Adam et Eve, puis Sèth un troisième fils pour remplacer Abel tué par son frère, la tradition sacerdotale démarre avec ce dernier seul, nommé ici Shèt. Elle attribue conscien-cieusement les années de vie avant la naissance du premier garçon (nous sommes dans une société patrilinéaire) et après, puis la totalisation de la durée de vie (Gn 5, 1-32)

Adâm vécut 130 ans avant de " faire enfanter " Seth puis 800 ans après, au total 930 ans

Shèt 105 + 807 = 912 ans

Enosh, 90 ans + 815 = 905 ans

Qéinân, 70 + 840 = 910 ans

Mahalalél, 65 + 830 = 895 ans

Ièrèd (Yared), 162 + 800 = 962 ans *

Hanokh (Hénoch), 65 + 300 = 365 ans

Metoushèlah (Mathusalem, qui vécut le plus vieux), 187 + 182 = 969 ans

Lèmèkh, 182 + 595 = 777 ans

Noah (Noé), 600 ans avant le Déluge et 350 après = 950 ans


illustration orthodoxe moderne repésentant Noé, Elie et Enoch. Un ange leur montre le ciel où Dieu les attend.

Le cercle à droite, de même couleur que Dieu, serait-il le Christ en attente d'incarnation ?

Dans la tradition yahviste, on avait la lignée suivante (où Yared est fils d’Hénoch et non le père) : Adâm, Caïn, Hanokh, Irad (= Yared), Mehouyaél, Metoushaél (= Mathusalem), Lèmèkh (lequel donne naissance aux pères des artisans (Iabal, " le père de qui habite la tente et le cheptel ", Ioubal, " le père de tout saisisseur de lyre et de viole ", et Toubal-Caïn, " marteleur de tout, artisan du bronze et du fer ".


Dans le texte sacerdotal, les premiers patriarches meurent aux environs de 900 ans (Mathusalem détient le record avec 969 ans, peut-être pour être le descendant de l'homme pieux que fut son père, Hénoch) et sont alignés sur la longévité des rois sumériens de la 1ère dynastie après le déluge de l’épopée babylonienne de Gilgamesh. Dans cette liste, cependant, Hénoch a une bien moindre longévité ; il se rapproche en quelque sorte de notre condition humaine d’autant plus que son âge est celui, certes en années, du cycle annuel solaire (365 jours).

Et c’est lui, plus près de nous par son âge, qui est le chouchou de la classe, celui qui est censé ne pas être mort car " il a été pris par Dieu. Hanokh va avec Elohîm puis il n’est plus : oui, Elohîm l’a pris " (Gn 5, 24). Dans l’épopée de Gilgamesh, Outnapishtim est lui aussi " pris " par Gilgamesh (le roi qui a fini par être divinisé). Est-ce à dire que Dieu s’est déjà réconcilié avec les humains (ou du moins un humain !) après avoir mis Adam et Eve à la porte de chez lui ?


Le nom d’Hénoch signifiant " initié ", on peut voir dans la tradition yahviste le pouvoir de l’homme (Hénoch en la circonstance) à nommer les lieux, les villes, et, dans la tradition sacerdotale, celle d’initier au temps : les 365 années correspondant aux jours d’une année ; en plus Hénoch vient en 7ème position dans une liste de 10 qui va d’Adâm à Noah, ce qui ne manque pas d’être une référence aux 7 jours de la semaine (la symbolique de ce chiffre 7 exprime un cycle de temps complet … ou infini : les 7 jours de la Création, pardonner 77 fois, etc.).


Longévité de vie plus humaine et destin exceptionnel préfigurant cette intimité entre Dieu et ses prophètes qui sera comme un fils d’Ariane de la Bible. La tradition ne s’y est d’ailleurs pas trompée, faisant d’Hanock (notre Hénoch) un Elu, vivant au sein de Dieu … et donc connaissant ses secrets.


Après lui, il y aura aussi Elyahou (Elie), l’inspiré qui sera ainsi " pris par Dieu ", montant aux cieux dans un char de feu (2R 2,3). Les Juifs du temps de Jésus attendaient son retour : es-tu le prophète Elie lui demandèrent-t-ils. Et puis, il y aura Moïse qui mourût en terre de Moab " sur la bouche de IHVH " (Dt 34, 5), bien mort quant à lui mais d’une belle mort !

Raffaello Sanzio (1493-1530), peinture italienne de la Renaissance, Ascension d'Hénoch.


Bien avant celle, toute catholique, de la Vierge Marie, les ascensions et les assomptions font donc partie du paysage religieux biblique, ainsi qu’en témoignent les psaumes 49 (en son verset 16 : " Mais Elohîm rachète mon être de la maison du Shéol : oui, il me prend ? Sèlah ") et 73 (en son verset 24 " En ton conseil, tu me mènes : ensuite, en gloire, tu me prendras "). Les portes des cieux s’ouvriraient-elles, certes exceptionnellement ? Ce qui est aussi, bien sûr, la porte ouverte aux légendes, aux espoirs d’éternité et aux divinisations ...


La tradition musulmane (au-delà du Coran) n’a pas manqué de se saisir de ce personnage d’Hénoch pour en faire un homme vertueux, doté de toutes les qualités, dont l’esprit de justice, avant l’arrivée d’Abraham. Il mène la guerre sainte (eh oui, déjà !) contre le méchant Caïn, voyage aux portes de l’enfer et du paradis en compagnie risquée de l’ange de la mort (lequel ne parvient pas à le faire mourir car notre héros n’a point de faille morale !) … et demeure bien vivant au paradis. Mais ne brûlons pas les étapes car le Coran, c’est bien après Jésus ! Chaque chose en son temps.


Le décompte des âges des patriarches reprendra en Gn 10, 1-26, toujours dans la même veine sacerdotale. Après Seth, fils de Noé par qui va passer l’Histoire sainte, les géniteurs sont plus raisonnables (entre 29 et 35 ans) et les durées de vie diminuent de génération en génération, passant de 250 (pour Shèm) à 70 ans (pour Térah, le père d’Abraham). Enfin, l’histoire avec de simples humains tels que nous sommes va pouvoir commencer … à moins que cette histoire d’Hénoch ne ressurgisse, avec - en amplification des cohortes d'anges et de géants !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le Fils de l'homme
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