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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 17:50

A - Le "Fils de l'homme" dans Daniel

Fils d’homme est une expression abondamment utilisée au début du VI° siècle av. J-C par le prophète Ezéchiel, dans un sens courant : " être humain ", soulignant l’humanité. Au IIème siècle av. J-C, Daniel décrit une vision de la nuit où il a vu Dieu sous l’apparence d’un " vieillard " sur son trône céleste, servi par des milliers d’anges. Dans sa vision apparaît aussi un être " comme un fils d’homme " qui est la figure allégorique d’Israël, " peuple des saints du Très-Haut ". Voir Daniel, chapitre 7, 1-28.

 

Ainsi cesseront les transgressions, le péché, l’iniquité ; puis sera instaurée une justice éternelle : la royauté (le Royaume) annoncée sera celle de Dieu, sur et par son peuple, le " peuple des saints ", le peuple élu. Auparavant, ce peuple sera livré entre les mains du " Blasphémateur " oppresseur et dévastateur, " pendant un temps, des temps et la moitié d’un temps " (Dan 7, 25).

 

Le sens précis de cette formule énigmatique sera fourni au chapitre 9, 1-2 et 20-27.

 

Les " soixante-dix ans " prophétisés par Jérémie (Je 25, 11-12) sont à comprendre comme soixante-dix semaines d’années, telle est la prophétie des " soixante-dix septénaires " à l’issue desquels selon Daniel la royauté définitive de Dieu sera inaugurée avec " onction d’un saint des saints " : ce sera donc 490 ans après " le surgissement d’une parole pour la reconstruction de Jérusalem ". Cette échéance pourra être déterminée avec précision, à condition de repérer la date de cette fameuse parole.

 

Daniel, en outre, décrit le dernier septénaire de guerre et dévastations avec destruction du Temple. En raison de cette destruction, à la mi-temps du septénaire, pendant trois ans et demi (" un temps, deux temps et un demi temps ", Dan 7, 25) l’idolâtrie ("l’abomination") sera substituée au culte du Dieu unique (" le sacrifice et l’offrande ").

 

Pour finir, le " dévastateur " sera éliminé et la royauté de Dieu définitivement rétablie, au bénéfice du " peuple des saints ". Comme le Fils de l’homme est la figure allégorique de ce peuple, cette fin sera le triomphe du Fils de l’homme ; le jour de cette fin sera le jour du Fils de l’homme.

 

Pour terminer, au chapitre 12, Daniel donne des précisions sur le déroulement de cette fin, véritable fin du monde, avec résurrection des morts et jugement général ; mais il ne précise pas qui exercera le jugement. On peut présumer que ce sera Dieu lui-même, puisque le Fils de l’homme n’est que la figure allégorique du Peuple des saints du Très-Haut. Voir Daniel chapitre 12, 1-13.

 

On date en général la rédaction finale des six derniers chapitres de Daniel (6 à 12) vers – 167. Au siècle suivant, dans le dernier tiers peut-être, c’est-à-dire au temps d’Hérode, un auteur va reprendre le Fils de l’homme et amplifier considérablement ce personnage. Ce ne sera plus seulement une figure allégorique, mais un être céleste (comme les anges) tenant son existence de Dieu seul avant la création du monde. Il est incarnable et il viendra sur terre " exercer le jugement " aux derniers jours, avant d’assumer définitivement le pouvoir dans le Royaume de Dieu instauré sur une Terre transformée.

 

Il n’est pas prévu, par cet auteur, que le Fils de l’homme ait à souffrir et encore moins à mourir et à ressusciter.


B - le "Fils de homme" des Paraboles d'Hénoch
 

L’auteur pseudépigraphique de cet écrit se donne pour Hénoch, le patriarche antédiluvien qui, selon Genèse 5, 24, serait monté au ciel, sans mourir, " enlevé par Dieu ". Toujours vivant, il avait connaissance des secrets de Dieu. Il s’était exprimé déjà, au siècle précédent (à l’époque de Daniel) dans une première révélation, une première apocalypse, que le pseudo-Hénoch du temps d’Hérode entend compléter par une nouvelle apocalypse destinée aux toutes dernières générations, celles qui vont vivre la fin des temps et l’avènement du Fils de l’homme eschatologique.

 

Le livre d’Hénoch (l’Hénoch éthiopien) a recueilli la double révélation hénochienne, la dernière, dans sa seconde section, sous le titre plutôt inadéquat de "Paraboles d’Hénoch", constituée de trois poèmes (Livre d'Hénoch, chap. XXXVII à LXXI, Ecrits intertestamentaires, Gallimard, "Pléiade", 1987).

 

L’Elu / Fils de l’homme s’était donc incarné, en Hénoch, né d’une femme comme chacun, mais, pendant sa vie terrestre, ignorant son identité céleste fondamentale. Selon l’auteur des Paraboles d’Hénoch, il va se manifester à nouveau, bientôt pour la " fin des temps " et ensuite résider sur terre, une " Terre nouvelle ". Pour cela, il pourrait s’incarner dans un autre être humain, comme il s’est autrefois incarné en Hénoch. Beaucoup plus vraisemblablement, l’auteur pense que lorsqu’il se manifestera aux derniers jours, ce sera sous une identité profonde, céleste et éternelle.


C - le "Fils de l'homme" du Nouveau Testament
 

La deuxième révélation d’Hénoch (les Paraboles), on l’a vu, est pour l’essentiel en harmonie avec la figure du Fils de l’homme de Daniel, dont aucun élément n’est gommé même si son caractère allégorique est négligé. Elle en présente une amplification qui va se retrouver entièrement dans le Fils de l’homme des évangiles.

 

" Fils de l’homme " est une expression utilisée essentiellement par Jésus : 44 fois dans l’évangile de Matthieu, 43 fois dans celui de Luc, 12 fois dans celui de Jean et 10 fois dans celui de Marc, soit 109 fois pour 31 occurrences. Sans Matthieu, cela donne 65 utilisations pour 27 occurrences.

 

Les évangiles – l’histoire de Jésus – vont y ajouter deux caractères très importants que n’avaient imaginés ni l’auteur de Daniel ni celui des Paraboles d’Hénoch, deux caractères typiquement chrétiens :

1 – le Fils de l’homme / Fils de Dieu s’incarne dans un nouvel être humain, Jésus

2 – le Fils de l’homme devra souffrir et mourir avant d’entrer dans sa gloire.

Jésus, fils de l'homme - Ses paroles et ses actes racontés et rapportés par ceux qui l'ont connu, par Khalil Gibran ; traduit par Thierry Gillyboeuf, publié par les éditions Mille et une Nuits en mai 2008 dans " La petite collection ", 191 p.


En 1928, l'écrivain libanais maronite Khalil Gibran fait paraître Jésus, Fils de l'Homme, portrait du Messie sous la forme d'une mosaïque. Il y assemble les témoignages de plus de soixante-dix personnages bibliques réels ou inventés. Il ne s'attache guère aux miracles qui sont prêtés au fils de Dieu, mais bien plus aux actes de ce " Fils de l'Homme ", être humain né d'un homme et d'une femme. Son livre est la somme de tous les " héros " gibraniens, du Prophète à l'Errant, du Fou au Précurseur. C'est là l'Évangile selon Gibran.


C’est essentiellement à cause de cela que, pour la chronologie des " Fils de l’homme ", il faut admettre l’ordre suivant :

1 – le Fils de l’homme selon Daniel,

2 – le Fils de l’homme des Paraboles d’Hénoch

3 – le Fils de l’homme selon le Nouveau Testament


→ lire la suite du texte de Louis Cornu avec les articles de la même rubrique : 
- fièvre eschatologique en Palestine sous occupation romaine
- au fil des jours des évangiles
- Jésus, mystique jusqu'au bout
- Judas fut-il envoyé en mission ?  
 

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Published by Louis Cornu - dans le Fils de l'homme
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